Un récit poétique de la création vivante,
où chaque chant trace le chemin intérieur
de l’être en quête de plénitude,
depuis le souffle d’origine
jusqu’à la reconnaissance de l’unité incarnée.
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« La souffrance des peuples comme de chacun
se perd dans la nuit des temps.
Et pourtant il faut descendre jusque-là
et s’y perdre pour comprendre ce qu’il en est ».
Jacques Gosselin
Chant I – Le Souffle d’origine

Pour celui qui se souvient avant même de penser.
Avant le nom, avant le feu,
avant que l’arbre ne rêve sa racine,
il y eut un souffle.
Ni vent, ni mot.
Mais un espace qui respire,
sans bord, sans besoin,
plein comme un cœur sans attente.
Un silence dense comme la terre,
léger comme la lumière,
portait tout en confiance, dans l’évidence d’être.
Là, tout était comblé.
Présence entière, unie en elle-même
comme l’eau dans l’eau, comme l’air dans l’air.
Et pourtant, au creux de ce silence,
un frisson.
Comme une paupière qui s’ouvre
sans savoir ce qu’elle verra.
Le souffle avait senti le désir d’être vécu,
pour célébrer la plénitude en chaque forme,
et aimer ce qu’il est en essence.
Alors, le souffle s’étira doucement.
Et le temps naquit
offert comme un sentier
pour que l’être se retrouve en chaque chose.
Chant II – Le Frémissement du vivant

Quand la vie, d’un battement, cherche à se sentir.
Du silence profond,
une vibration naquit,
si douce qu’elle ne troublait rien
mais tout l’écouta.
Comme la sève au printemps
remonte sans qu’on ne la voie,
la vie commença à frémir en dedans.
Elle ne savait pas encore son nom,
ni le haut, ni le bas,
mais elle voulait être,
goûter sa propre chaleur,
sentir qu’elle était là.
Un souffle plus dense,
un battement plus clair.
Quelque chose se rassembla en un point de lumière,
comme un germe de monde
qui se regarde pour la première fois.
Et la vie sourit.
Avec le visage du frisson,
celui qui murmure : je suis là, je viens.
C’est là que commence le cœur,
présent comme une promesse vivante.
Et déjà,
dans l’ombre tendre de cette première pulsation,
la forme s’éveille à son destin :
devenir le vivant.
Chant III – L’Entrée dans le monde

Quand l’invisible s’enrobe de monde.
Il y eut un glissement,
plein de douceur,
comme un abandon confiant.
Le souffle s’enroula
comme une graine dans le ventre de la terre,
et le haut devint profondeur,
et la lumière, mémoire.
Une offrande descendante,
comme la graine qui choisit la terre.
Le plein se fit forme,
la présence se fit corps,
comme si le ciel voulait marcher.
Alors naquit le dedans et le dehors,
le chaud et le froid,
l’éveil et le sommeil.
Et chaque chose porta un nom,
pour mieux se reconnaître dans la danse de la vie.
Dans cette descente lente,
la conscience apprit la tendresse du poids,
la beauté d’un monde à traverser,
la joie d’un pas dans la matière.
Et l’un devint mille,
pour fleurir en chaque forme,
et se reconnaître partout.
Chant IV – Le Voile sur la source

Quand l’origine se cache pour mieux se retrouver.
Dans l’épaisseur du monde,
la conscience se fit silence,
présente dans chaque fibre,
pour habiter pleinement la forme.
Le souffle se dispersa
comme une pluie d’étincelles,
chaque goutte portant l’éclat du Tout,
sans encore le savoir.
Le cœur battait toujours,
mais couvert de mille couches :
le nom, la peur, la mémoire,
les gestes répétés.
Et pourtant, au fond de tout cela,
un feu tranquille veillait.
L’oubli devint seuil,
terre d’accueil du souvenir futur.
Un passage nécessaire
où le vivant apprend à se chercher librement,
à se reconnaître de l’intérieur.
Chaque être devint une aventure,
une traversée du monde
vers la résonance originelle.
Et dans les silences les plus lourds,
le souffle parlait encore
à qui savait écouter.
Chant V – Le Souvenir de soi

Quand le souffle se souvient en traversant les formes.
Dans le silence d’un regard,
dans la lenteur d’un pas,
quelque chose s’éveille,
comme une mémoire douce
qui ne vient de nulle part
et pourtant reconnaît tout.
Ce n’est pas une idée,
ni un savoir ancien,
mais une chaleur qui circule,
un accord dans l’être
qui murmure : tu es entier.
Le souffle, traversant le corps,
retrouve ses chemins perdus.
Chaque respiration devient un lien,
chaque battement, une réponse.
Le monde recommence à parler,
avec la lumière silencieuse des choses vues depuis le cœur.
Et dans l’ombre même,
le souvenir rayonne,
comme une origine vivante
présente dans l’instant.
Chant VI – L’Être vrai

Quand le monde devient un chemin d’unité.
La mémoire du souffle
n’est plus un écho lointain.
Elle s’inscrit dans les gestes,
dans les choix simples,
dans l’attention offerte à la vie.
Le monde ne s’oppose plus.
Il devient matière à aimer,
à éclairer, à traverser.
Le cœur marche à découvert,
pour épouser le monde
dans sa vérité mouvante.
Les frontières tombent
là où la présence se déploie.
Le corps devient passage,
la parole, offrande,
le regard, pont invisible.
Il n’y a rien à atteindre,
seulement à habiter.
Et dans cette habitation naît la joie
d’être le souffle en mouvement,
la conscience incarnée,
la terre qui s’ouvre sous le pas.
Chaque instant devient création,
par la force douce de l’unité retrouvée,
en résonance
avec ce qui chante en toute chose.
Chant VII – L’Unité du vivant

Quand l’origine devient le présent de toute chose.
Rien n’a été perdu,
tout s’est transformé.
Ce qui fut dispersé
s’est reconnu en chemin,
et dans chaque épreuve,
un fil de lumière a grandi.
Le souffle ne cherche plus,
il respire avec le monde.
Le cœur ne compare plus,
il bat au rythme de la vie.
L’origine n’est plus derrière,
ni au-dessus, ni ailleurs
elle est ici,
dans l’élan d’un pas vrai,
dans la simplicité d’un regard,
dans l’arbre, l’eau, la main tendue.
Le monde n’est plus un lieu d’exil,
il devient terre de naissance continue.
Chaque être devient semence,
chaque rencontre, feu d’unité.
Et l’on ne se demande plus
comment trouver la plénitude :
elle est en toute simplicité,
conscience, paix et joie de vivre.
Ce retour est naissance à ce qui a toujours été,
et pourtant jamais encore vécu ainsi.
